Gazeta Tema, 24.01.2008
Ecrit par Krenar Gashi
‘Nous ne combattons pas pour la réunion nationale. Notre but est la protection de l’intégrité territoriale du Kosovo si cette intégrité est mise en danger’, raconte Arber, un homme de trente ans, pendant qu’il boit un café dans un local de l’ancien style au centre de Prishtina.
Arber dit être le premier du groupe armé nommé Armée Nationale Albanaise, AKSH. Accompagné de ses deux co-combattants dont un est armé légèrement, Arber raconte calmement sur son groupe qui a été déclaré organisation terroriste par les autorités de l’ONU au Kosovo, la MINUK.
Mais comme le dit Arber lui même, il n'est pas responsable pour toutes les personnes masquées au Kosovo. Après une enquête basée sur les interviews exclusives avec un des groupes armés au Kosovo, 'Balkan Insight' a découvert qu'au Kosovo existent quelques groupes pareils qui officient sous le même nom et le même emblème mais qui n'ont pas des liens entre eux. Souvent ces groupes armés n'ont même pas des visions communes. Pendant qu'un groupe déclare être contre le procès actuel politique suivi par les politiciens du Kosovo pour obtenir l'indépendance du pays, l'autre groupe dit qu'il ne veut pas intervenir dans ce procès.
Entre temps un autre mouvement nommé le Front de la Réunion Nationale Albanaise -FBKSH, qui dit que l'AKSH est leur aile militaire, ne semble pas avoir de liens avec les personnes armées qui continuent de se montrer au Kosovo depuis octobre 2007.
Depuis lors, au moins deux groupes divers qui disent appartenir à l'AKSH se sont montrés armés et masqués dans divers medias partout dans le monde. Pendant que certains d'entre eux comme Arber, disent avoir mobilisé beaucoup de soldats, le service de police du Kosovo, le KPS, a confirmé avoir affronté des personnes en uniforme et armées mais sans pouvoir dire si elles étaient de l'AKSH ou non. Le KPS ne dit rien non plus sur la structure ni les capacités de ce groupe illégal.
Qui, quand et pourquoi?
Arber se voit comme un patriote inquiet. Il dit que tous les membres de l'AKSH sont des ex-membres de l'Armée de Libération du Kosovo, l'UCK, dont beaucoup ont combattu aussi lors des autres conflits comme celui de Macédoine en 2001 et de la Vallée de Presheve en 2000-2001.
La radio et la télévision publique du Kosovo, la RTK, avait transmis en octobre dernier des images de l'AKSH en train de patrouiller dans une des routes plus fréquentées du Kosovo. Les enregistrements près de la frontière serbe-kosovare, dans la commune de Podujeve, montraient un groupe de 10-12 personnes en uniformes noires, bien armés y compris avec des snipers sophistiqués. C'était la première parution de l'AKSH à la télé après quelques années de cachette.
Arber, le dirigeant de ce groupe, dit que l'organisation a été crée en 1998 pendant la guerre entre l'UCK et les forces de Milosevic. Il dit que le nom, l'emblème et la mission de l'AKSH ont été déterminés à cette période là, lorsque l'UCK avait presque échoué à cause de l'implication de l'armée yougoslave dans les combats.
L'AKSH a pris la responsabilité pour quelques attaques avec des bombes au Kosovo pendant les années 2001-03. Une tentative pour bombarder un pont au Kosovo du nord était le pas décisif qui a incité le dirigeant de l'époque de l'UNMIK, Michael Steiner, d'étiqueter ce groupe comme une organisation terroriste. Selon Arber et ses amis, l'organisation était passive pendant quelques années car 'il n'y avait pas besoin d'intervenir'.
'Malgré tout, nous avons décidé de prendre les armes en voyant les menaces sérieuses qui proviennent de la Serbie, les derniers jours avant l'indépendance', raconte Astrit, un autre membre de ce groupe. Astrit qui a été interviewé auparavant aussi par 'Balkan Insight', confirme que la mission de l'AKSH est la protection de l'intégrité territoriale du Kosovo. 'Lorsque les autorités du Kosovo proclameront l'indépendance, la Serbie fera tout pour déstabiliser le nord', raconte Astrit.
Arber nie que son groupe lutte pour la Grande Albanie, comme l'ont dit quelques medias. 'Le changement des frontières n'est pas la mission de l'AKSH. Nous voulons juste nous assurer que la division du Kosovo n'aura pas lieu après l'indépendance' rajoute t -il.
Entre temps, le FBKSH qui opère presque seulement sur l'Internet, dit que l'AKSH est son aile militaire et que sa mission est la réunion du Kosovo avec l'Albanie. Gafurr Adili, le porte parole du FBKSH avait déclaré pour 'Balkan Insight', en décembre, que son groupe est dédié a réunir 'tous les territoires albanais envahis avec la mère Albanie'. Adili qui signe toujours les communiqués de presse avec les noms de six villes; Tirana, Prishtina, Skopje, Tivar, Toplice (en Serbie) et Preveze (en Grèce), dit que l'indépendance du Kosovo est seulement le premier pas vers une véritable réunion nationale albanaise.
Le front divisé
'Gafurr Adili peut représenter tout le reste sauf l'AKSH', dit Astrit qui a été désigné par ce groupe armé pour s'occuper des medias. 'L'AKSH est un groupe d'hommes de bonne volonté et il n'est pas l'aile militaire d'aucun front politique', raconte Astrit. 'Le FBKSH est une organisation politique et nous sommes apolitiques', dit il. Astrit explique que le FBKSH, une organisation basée à Tirana, dirigée par Adil, a promu soit même au nom de l'AKSH. 'Nous ne sommes pas opposés car ils n'ont rien fait de mal. Chaque fois quand nous avons fait quelque chose quelque part, ils ont distribué des communiqués de presse pour prendre la responsabilité. Cela ne nous a pas dérangés car être connu nous a jamais intéressé', dit il.
Pendant une interview antérieur pour 'Balkan insight', Astrit avait dit que pour l'AKSH 'chaque soldat sur le terrain a plus de réputation que Gafurr Adili'. De l'autre côté Adil raconte que tous les membres de l'AKSH ont prêté serment de soutenir les politiques de son front. la seule chose qu'il avoue est que son front ne contrôle pas nécessairement chaque soldat sur le terrain. Mais le conflit AKSH-FBKSH, n'est pas le seul en ce qui concerne les groupes armés au Kosovo. 'Balkan Insight' a réussi a comprendre que d'autres groupes armés et masqués existent et qui ne communiquent pas entre eux. 'Associated Press' AP et quelques autres medias avaient transmis des enregistrements d'un autre groupe armé qui portait aussi des masques noirs et des uniformes ainsi que des symboles de l'AKSH, pendant qu'ils prêtaient serment quelque part au nord du Kosovo.
'Nous protégerons cette terre jusqu'au dernier soldat' a dit à l'AP, le comandant de ce groupe identifié comme Preka en novembre 2007. Preka avait aussi fait appel aux albanais du Kosovo de ne pas participer aux élections générales du 17 novembre comme un signe du boycott du procès politique de résolution du statut du Kosovo.
Pendant que les télévisions au Kosovo transmettaient cette déclaration 'Balkan Insight' interviewait Astrit qui disait exactement le contraire - que lui et ses amis du groupe étaient pour les élections. Astrit qui avait pensé que le groupe de Preke avait des liens avec Gafurr Adili et le FBKSH, a dit plus tard pour 'Balkan Insight' que 'eux en effet, sont un autre groupe, indépendant, qui s'est approprié de l'emblème de l'AKSH'. 'Ils semblent être des gens de la bonne volonté. Nous n'avons pas pris des contacts avec eux auparavant mais nous allons le faire maintenant' a dit Astrit à 'Balkan Insight' fin décembre. 'Balkan Insight' a essayé de contacter le groupe de Preke mais n'a pas réussi à trouver ce groupe dans l'ombre. Entre temps, Astrit ne nie pas la possibilité qu'au Kosovo existent d'autres groupes armés qui utilisent l'emblème de l'AKSH. 'Mais nous sommes la vraie l'AKSH', insiste t il. Pourtant 'Balkan Insight' n'a pas pu vérifier cette déclaration auprès des sources indépendantes.
Un haut officiel de la police a confirmé pour 'Balkan Insight' l'existence de plusieurs groupes armés diverses au Kosovo mais a dit que la police ne connait pas leurs motives. 'Il existe au moins trois divers groupes. Ils ne sont pas organisés. Nous les avons suivis de près', raconte cet officiel sous condition d'anonymat. 'AKSH n'est pas soutenu par le peuple. Le peuple les voit comme ils le sont, des illégaux', raconte cet officiel. 'Ils ne sont pas organisés et pour cette raison ne représentent pas une menace importante pour la sécurité du Kosovo' termine t il.
Les bons et les méchants
Le mystère qui accompagne la parution de ces groupes armés a crée un espace favorable pour les criminels ordinaires qui ont élargi leurs activités illégales en utilisant le chapeau politique comme c'est le cas de l'emblème de l'AKSH.
A Fushe Kosove, un citoyen a été pillé par des personnes armées qui portaient des symboles de l'AKSH. A Podujeve, près de la frontière entre le Kosovo et la Serbie, des personnes masquées avaient terrifiés les passagers d'un bus Belgrade-Prishtina. Selon les rapports eux aussi portaient des emblèmes de l'AKSH. 'Ce n'était pas nous', dit Astrit en faisant référence à cet incident. 'Nous sommes responsables seulement pour les membres de l'AKSH qui portent nos emblèmes originaux et des uniformes noires. Nous nous sommes montrés à la télé et les gens savent qui nous sommes' dit il.
'Malheureusement, nous ne pouvons pas empêcher les autres qui falsifient nos emblèmes et abusent d'eux. Mais je peux vous dire que l'AKSH ne commet pas des tels actes. Nous ne demandons pas de l'argent aux citoyens ni volontairement ni par la force. Nous avons nos canaux de financement', dit il.
Ne voulant pas donner des détails, Astrit a seulement dit qu’ils existent quelques fonds antérieurs de la diaspora kosovare qui sont encore actifs. Mais les sources de 'Balkan Insight' à la police pensent autrement. 'Nous avons des raisons de pense que l'AKSH est plus proche de quelques politiciens du Kosovo', raconte pour 'Balkan Insight' une source de la police. Une déclaration semblable a été faite l'année passée par Hashim Thaçi, actuellement premier ministre du Kosovo et à l'époque dirigeant de l'opposition. En critiquant le gouvernement précédent, Thaçi avait déclaré que les groupes armés et masqués sont un outil du para politique. La police refuse de se prononcer plus sur cette question.
'A la police il y a toujours des cas ouverts liés à l'AKSH. En général, ce n'est pas le moment de s'occuper de ceux ci maintenant'. Entre temps, personne ne sait ce qui se passerait si les deux diverses AKSH, avec les mêmes symboles, se rencontrent entre elles lors des opérations sur le terrain. Si elles vont tirer l'une sur l'autre? Astrit ne nie pas une telle possibilité. 'Il se peut que nous rencontrerons ces groupes armés qui opèrent sous notre emblème mais pas sous notre commandement', dit il. Astrit raconte que lui et son groupe seraient très contents d'accepter' des gens de bonne volonté qui vont joindre leur chaîne de commandement'. Officiellement, le KPS dit que 'AKSH est une organisation terroriste et que la police la traitera comme telle'. Veton Elshani, le porte parole de la police, n'a pas pu dire combien la police est au courant de ces groupes. 'Nous avons eu le cas quand il y a eu des rapports que des hommes armés ont contrôlé les véhicules près d'une route à la proximité de Gjakove et lorsque nos unités se sont confrontées avec eux. Mais nous n'avons pas d'informations s'ils étaient membres de l'AKSH ou pas', raconte Elshani.
Une armée ou des acteurs?
Une haute source à l'intérieur de la KFOR a dit pour 'Balkan Insight' que la KFOR possède des informations détaillées sur l'AKSH et que leurs activités sont surveillées de près. Cette source, qui a voulu garder son anonymat, explique pourquoi le public n'a pas beaucoup vu la KFOR entreprendre des actions contre l'AKSH'.
'Ils sont très peu nombreux. Même pas quelques dizaines. Mais, ils sont armés. Ils sont plus intéressés pour se montrer à la télévision et les titres des journaux que par la guerre. Tant qu'il y aura des équipes de la télé, des cameras et des journalistes, il y aura de l'AKSH aussi. Dès que les medias s'enfuiront, ces hommes lâchent aussi les armes et rentrent à la maison', raconte cet officiel de la KFOR. La même source raconte que la KFOR possède un très bon service d'intelligence et qu'il s'occupe de l'AKSH. La source de 'Balkan Insight' à l'intérieur du KPS aussi est d'accord avec ce point de vue. 'Ils se montrent devant les cameras. C'est tout', dit cette source.
Lulzim Peci, expert de la sécurité, décrit l'AKSH comme un combattant à mi temps. Astrit ne se sent pas dérangé de cela. 'Nous ne sommes pas tout le temps en uniformes. La majorité d'entre nous a une vie normale, un travail régulier, dans le domaine public et même aux organes de la sécurité'. Astrit raconte que ses forces sont en train de mobiliser des nouveaux membres en se focusant sur la partie nord de Mitrovica, peuplé des serbes.
Pour la KFOR les choses sont différentes. 'Nous avons vu des vidéos d'enregistrement de l'AKSH à la télévision et si vous les regardez attentivement vous verrez que les mêmes hommes se montrent dans divers endroits', a dit le même officiel de la KFOR.
Les images transmises avaient incité beaucoup de journalistes de rapporter comment les membres de l'AKSH, armés avec des armes modernes, avaient contrôlés des véhicules sur les autoroutes du Kosovo. Mais, les services d'intelligence de la KFOR qui ont analysé ces enregistrements ne sont pas d'accord. 'Dans les enregistrements transmises dans la RTK, on voit l'AKSH en train d'intercepter une seule voiture et celle ci appartenait au journaliste', raconte la source de 'Balkan Insight' de la KFOR.
'Il y avait un seul sniper et les autres avaient des kalachnikovs. Mais les enregistrements étaient mis en scène et on a fait que ce snipper soit vu partout. Imaginez, ils arrêtent les véhicules avec snipper. Je suis militaire et si je voulais arrêter une voiture je le ferai plutôt avec une kalachnikov qu'avec un sniper, à une si courte distance' a dit la même source.
Astrit n'est pas d'accord. 'Nous avons suffisamment de soldats, suffisamment d'armes. Pour le moment, nous n'avons pas besoin de plus', dit il.
Et maintenant quoi?
Maintenant, quand on attend la proclamation de l'indépendance du Kosovo, beaucoup se posent la question ce qui se passera dans le futur avec ces groupes armés qui se montrent de temps en temps et puis disparaissent. 'Nous nous concentrons dans la partie nord du Kosovo là où les serbes vont essayer d'amener des forces de sécurité après la proclamation de l'indépendance', raconte Arber. 'Nous avons tiré la leçon au mois de mars 2004', raconte ce guerrier, en faisant référence aux affrontements intra ethniques les plus violentes d'après la guerre au Kosovo pendant lesquelles 19 personnes avaient trouvé la mort et de centaines de maisons serbes ont été brûlées.
'Nous serons les premiers à empêcher les serbes et les albanais de s'entre tuer mais nous empêcherons aussi chaque unité armée d'entrer au Kosovo depuis la Serbie', dit il. 'Comme auparavant, nous nous ne confronterons pas avec la KFOR ni avec les autres forces de sécurité au Kosovo. Nous serons là seulement pour empêcher un conflit ethnique' dit il. 'Pour nous la KFOR est notre alliée', rajoute Astrit de l'AKSH. Lorsque la KFOR s'occupera des territoires sur lesquels nous patrouillons, nous laisserons tomber les armes et rentrerons à la maison'. Mais pour la KFOR, l'AKSH n'est pas un allié, comme la police, la KFOR aussi les considère comme des terroristes.
Le capitaine de la marine française, Bertrand Bonneau, porte parole de la KFOR, dit pour 'Balkan Insight' que 'la KFOR réagira rudement envers chaque individu ou groupe qui tente d'empêcher la paix et la sécurité'. 'Nous répétons que la KFOR, le KPS et la police de l'UNMIK s'occupent de la sécurité au Kosovo et de ses citoyens. Ce sont les seules forces légales pour officier partout au Kosovo', explique Bonneau.
De son côté l'AKSH, dit avoir préparé des plans en cas des tensions au Kosovo. Selon ses dirigeants, cela aura lieu seulement si la division du Kosovo se produit, si les serbes s'emparent de la partie nord ou si les autorités du pays ne proclament pas bientôt l'indépendance. 'Si les politiciens au Kosovo ne proclament pas l'indépendance, disons, avant mars 2008, nous avons le plan B; nous allons entrer dans les institutions et déclarer l'indépendance nous même', raconte Astrit.
Un officiel de la police a rigolé quand il a appris cette déclaration. 'Ils n'ont ni la force ni le soutien du peuple pour faire cela', a dit cette source. 'Ils peuvent proclamer indépendance seulement quelque part dans les bois, devant les cameras, pendant la nuit, en se cachant de nos forces et de la KFOR', a t il ironisé.
'Nous ne voulons pas la guerre' dit Arber. Il raconte que son groupe est à la disposition 'pour empêcher un nouveau conflit'. 'On ne peut pas empêcher un conflit en causant un autre et la détention des armes illégales est un délit pénal', dit notre source de la police. Cette source rajoute que la police a plusieurs cas ouverts liés à l'AKSH et qui seront bientôt résolus. 'Nous avons quelques autres affaires plus importantes en ce moment. De plus, ces groupes armés ne représentent pas un danger permanent', dit cette source et continue que 'lorsque le temps arrivera, nous allons nous occuper de cela aussi'.
Arber demeure optimiste. 'Nous ne voyons pas un conflit ouvert qui peut se produire au Kosovo. Mais il peut y avoir des meurtres', dit il. De l'autre côté, le capitaine Bonneau est calme. 'La KFOR continuera être vigilante et à collaborer avec l'UNMIK et le Service de Police du Kosovo pour assurer un environnement serein et sur au Kosovo' dit il.
Krenar Gashi est rédacteur pour le Kosovo du Réseau Balkanique du Journalisme D'investigation, BIRN.
'Balkan Insight' est une publication du BIRN sur l'Internet.
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